Conte de Noël : la course

Comme chaque année, l'agenda de ce 24 décembre était surchargé.

 

Trois rapports urgents à envoyer absolument avant le break de fin d'année, cinq coups de fil qui ne pouvaient attendre, les quelques dizaines de mails de la semaine non encore traités, sans oublier les courses cadeaux pour ce soir et demain. Chaque année c'était pareil. Non, cette année c'était pire. 

 

"Si au moins tout le monde ne s'agitait pas autour de moi !" se disait l'homme affairé derrière son bureau. "Ils me font perdre un temps précieux avec leurs requêtes futiles." Il enrageait. 

 

"Pas foutus de s'y prendre à temps. Du coup, c'est bibi qui doit arranger les bidons. Font vraiment ch...". Et cette pointe dans la poitrine n'améliorait pas son humeur. 

 

"Bon, tant pis pour le taf.  Faut vraiment que je m'arrache sinon je vais me faire flinguer par Madame. Je ne veux pas revivre la scène de l'année dernière quand j'étais rentré à 20h sans les cadeaux..." 

 

"Mais qu'est-ce qu'ils foutent tous dans les rues à c'te heure ? Tu ne vas pas me dire qu'ils ne pouvaient pas s'organiser pour faire leurs courses de Noël un peu plus tôt !" ruminait l'homme derrière son volant. "Evidemment, pas une place de libre pour se garer ! C'est à croire qu'ils le font exprès !" Il donna un coup de klaxon rageur dans l'espoir de faire disparaître la file de voitures devant lui. Cela n'eut pour seul effet que de déclencher une nouvelle douleur dans la poitrine.

 

Cette fois, le trafic était vraiment à l'arrêt. Au comble de l'énervement, l'homme hurlait en boucle tout son répertoire, très étendu, de jurons et d'injures. Ce qui ne faisait qu'accroître son agitation.

 

Malgré sa furie, il remarqua par hasard un rouge-gorge perché sur la clôture du parc municipal longeant la rue encombrée. L'oiseau semblait contempler cette joyeuse animation pleine de lumières et de sons de klaxon. Leurs regards se croisèrent.

 

Fulgurante invitation à se reconnecter à l'âme du monde, à sentir le pouls de la terre, à entendre le murmure des arbres. L'oiseau et l'homme, en connivence, enfants du rêve. 

 

En un instant, l'homme comprit à quel point lui et ses congénères s'étaient égarés. L'oiseau savait lui montrer le chemin du retour vers la sérénité et l'enchantement. 

 

Dans l'ambulance qui l'emmenait vers l'hôpital, l'homme souriait...

 

JOYEUX NOËL A CELLES ET CEUX QUI COURENT...

JOYEUX NOËL AUX ROUGES-GORGES...

JOYEUX NOËL A LA VIE ET SES RAPPELS...